icone

Art Contemporain, un mot, différents savoirs.


Nous vivons la fin de l’ère de la domination occidentale, notre civilisation a tenté d’imposer ses valeurs autour du monde, comme l’ont déjà fait d’autres civilisations. Or, d’autres civilisations contemporaines (elles existent) ne sont pas d’accord. Le monde ne peut vivre sous l’emprise d’un seul système. Le Moyen-Orient revendique son droit d’exister, l’Amérique du Sud se rêve en Bolivar, la Chine pourrait, d'après la banque mondiale, devenir la première puissance économique de la planète, le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud, les BRIC émergent. Toutes ces cultures vont parler dans l’avenir.


Ses gens là ne sont pas comme nous (entendre occidental), ils sont blanc, café, beige, beige foncé, beige clair, rouge-vert, petit grand, tordus, droits, agiles, pataud, pataud- agiles, agiles-pataud, intelligent, idiot, idiot-intelligent, intelligent-idiot, ils sont surtout follement humains. Au delà de ces différences physiques, ils ne pensent pas comme nous, n’ont pas les même logiques, structures de pensées. Les mêmes innés. Ne fonctionnent pas sur les mêmes systèmes. 
A la grande époque où les colonisations se faisaient par bateaux, c’était facile ; Veni, vidi, vici ou pas. Et si pas vici, le bateau repart le mat entre les rames. Point barre. 
Aujourd’hui c’est différent, l’histoire nous amène à un point où l’information est globale. Aujourd’hui la guerre est d’influence, voire de propagande, et les combats ne sont pas d’arbalètes ou même de mitraillettes, mais d’internet. Or avec le bateau web, il n’est pas de retour ; le monde est global, interconnecté. C fait. Condamnés à s’entendre. C’est nouveau.

Et l’art me direz vous  ? « L’art façonne les mutations de nos rapports personnels et sociaux aux symboles », l’art est une arme redoutable d’influence. En façonnant nos rapports aux symboles, non seulement il nous impose des référents mais aussi une structure de pensée. « L’art est synthèse de l’esthétique d’une civilisation », il en est l’identité. Et l’identité est la base de toute négociation. Dans ce jeu socio-géo-politique, personne ne tire les ficelles, c’est un petit train qui tourne rond, voir qui tourne en rond.


Car la notion d’art est une notion occidentale, du moins le marché de l’art, comme il est compris de nos jours, est une structure occidentale. Un outil possédant une force d’influence immense. Or les artistes doivent produire des œuvres « lisibles » pour le marché, donc lisibles pour l’Occident. Les collectionneurs, marchands, bref, acteurs du monde de l’art brassent occidental, oeuvrant eux mêmes à s’auto-promouvoir et, par là à promouvoir le système occidental.


Effectivement tout cela tourne très rond, mais voilà, l’art a toujours été un empêcheur de tourner en rond.. L’art n’est pas un rouleau compresseur, tout n’est pas perdu amis lecteurs. L’art échappe à tout contrôle, de tout temps les artistes sortent des systèmes dès que ceux ci deviennent carcans. Voir les DaDa, après tant de guerre ne supportant plus la pensée unique aboutissant à tellement d’horreurs, les DaDas eurent la nécessité d’inventer une autre logique. DaDa. Tout système est faux par ses limites. L’art a vocation d’Intelligence, l’art a vocation de Respect, de Paix. L’art ne se laissera pas instrumentaliser pour devenir un vulgaire soap movie, un feuilleton télé. L’art est révolutionnaire, subversif. Libre. 


Oui me direz vous amis lecteur, mais que faire ? Simplement être curieux, le monde de l’art, les artistes mais aussi par extension les galeristes, collectionneurs, fondations, commencent à percevoir ce piège et à mettre en égalité toutes les formes d’art. Le gouvernement australien a fait un très bon travail de promotion afin que le monde reconnaisse la culture Aborigène, à tel point que le capitalisme l’a digéré, elle est maintenant reconnu par Sotheby’s.. 500k€ ! Ca et là nous voyons poindre des expositions valorisant des peuples vivants. La fondation Cartier expose en ce moment « Histoires de voir » qui va dans ce sens . L’idée même du quai Branly à Paris va dans ce sens également. Agnès B a fait une très belle présentation avec notamment la tribu Warli. Le marché d’art contemporain du Moyen-Orient, notamment Iranien, est un des plus vif, soutenu par la forte économie du golfe.

Un grand mouvement est en train de naître. A pas lents, musique en tête, sans fureur, tranquille, souriant au marché. Ce grand mouvement accompagne – précède ? – le mouvement politique nécessaire de mondialisation. Une mondialisation qui prends en considération chaque ethnie, chaque mode de pensée, chaque système organisationnel. Un grand mouvement de décolonisation, de découverte de l’autre, d’autres civilisations comme au moins aussi valables que la nôtre.


L’art du 21e siècle aura la beauté d’exister car il inventera une autre logique, la reconnaissance de l’autre, l’opportunité d’exister sur le marché, avec signe et symbole autonome. L’art au 21e siècle sera ethnique ou ne sera pas. Tristes tropiques, il n’est pas d’art mondialisé, certains ne sont pas d’accord. Ils sont les neuf dixièmes de la planète.

Bernard Pons.2012

........aurevoirmonsieur